Interventions et discours | 16/10/2011

Réception des gens de la mer

Je suis très fier, comme maire, d’accueillir dans la maison commune les membres de la communauté maritime de Dieppe.

Dans une ville comme la nôtre, dont l’histoire est étroitement liée aux exploits et au quotidien de ses marins à travers les siècles, de recevoir ainsi les gens de la mer à l’hôtel de ville a du sens.

Avec Lucien LECANU, mon adjoint aux affaires portuaires, nous avons souhaité renouer dès 2008 avec ce temps fort de la vie maritime dieppoise.

Cette tradition marque le soutien et l’attachement de la collectivité, des habitants et des élus à l’ensemble de la communauté maritime. C’est l’occasion d’honorer des marins qui se sont distingués par l’exemplarité de leur carrière.

Cette cérémonie c’est aussi l’occasion de remercier les pêcheurs qui ont le dimanche 19 juin dernier participé activement à l’organisation de cette fête en décorant leur bateau et en prenant part à la parade.

Nous avons encore pu constater ce jour-là que les Dieppois sont viscéralement attachés aux activités maritimes et à la pêche en particulier.

Nous savons tous combien le métier de pêcheur demeure difficile et dangereux. Et dans un contexte de crise économique qui dégrade encore la situation des entreprises déjà impactées par les surcoûts liés à l’envolée des prix des carburants et une politique de quotas européens de plus en plus injuste, il apparaît évident que l’ensemble des acteurs institutionnels et économiques locaux doivent se serrer les coudes, travailler ensemble, en bonne intelligence, pour apporter tout le soutien nécessaire à une profession qui souffre et qui menace purement et simplement de disparaître.

Pour ma part, je n’imagine pas un bassin Duquesne sans coquillard, sans chalutier. Je n’imagine pas Dieppe sans pêcheur.

Certains voudraient opposer les activités, opposer les pêcheurs même entre eux. Ce n’est pas une bonne stratégie. C’est pourquoi, je maintiens l’idée qu’il est nécessaire de conserver la vente directe de poissons aux Barrières, en offrant aux pêcheurs côtiers les conditions de préserver et de développer leur activité.

La vente de poissons aux Barrières s’organise à cet endroit depuis plusieurs siècles. Elle fait partie du patrimoine de notre ville mais elle est aussi un vivier d’emploi qu’il est hors de question de détruire.

Le projet d’aménagement que nous portons aux Barrières n’est en rien incompatible avec le projet de marché porté par le Syndicat Mixte du Port de Dieppe qui s’apparenterait davantage à une grande poissonnerie avec des produits qui ne sont pas toujours issus de la pêche dieppoise.

On voit bien que c’est complémentaire même si il faudra aussi être très attentif à ce que cette halle à poisson ne porte pas préjudice à la criée.

Quoiqu’il en soit, je souhaite vous le redire aujourd’hui solennellement, les Barrières resteront aux Barrières. Il n’est pas pour moi question de céder au chantage d’un président de port qui, je le répète, ne mesure pas la portée de ses actes, en ne respectant ni le maire de Dieppe, ni les Dieppois, ni sa propre parole. Car, les victimes de cette posture irresponsable sont les pêcheurs et les Dieppois.

Sachez que, comme maire, jamais je n’accepterai de ne plus m’intéresser au port, à son trafic, à ses hommes et ses femmes qui le font vivre, à son développement. C’est mon rôle, c’est la mission que les Dieppois m’ont confiée. Le port est dans la ville. Il est son poumon économique et il ne faut pas compter sur moi pour ne pas m’intéresser à tout ce qui peut être de nature à lui redonner du souffle.

Derrière les investissements du syndicat mixte du port qui étaient certes nécessaires tant les équipements et les infrastructures avaient souffert de l’usure du temps, mais dont il convient dès à présent de redéfinir le calendrier de réalisation pour tenir compte des priorités, il apparaît aujourd’hui que notre port souffre d’une absence flagrante de stratégie globale enmatière d’identification et de traitement des trafics qui permette de développer durablement le port dans ses 4 activités : pêche, transmanche, commerce, plaisance.

Ce n’est pas à vous, qui scrutez, je le sais, si souvent l’horizon, dans l’espoir de voir apparaître des navires de commerce, que j’apprendrais que le nombre de bateaux à avoir pénétrer dans le bassin de Paris depuis le début de l’année, hors trafic Saipol, ne dépasse pas la dizaine !

C’est nettement insuffisant pour faire vivre un port comme le nôtre. C’est inquiétant lorsque l’on sait que des pressions s’exercent régulièrement pour faire disparaître Saipol du paysage dieppois.

Et pourtant, et cela nous motive, des perspectives de développement existent avec les grands chantiers projetés sur notre territoire, mais aussi avec les évolutions en cours notamment  pour substituer le monde maritime et ferroviaire au tout camion et ainsi répondre aux préoccupations actuelles en matière d’environnement, d’organisations logistiques des entreprises. Beaucoup de ports nationaux l’ont compris.

Il n’est pas question d’être concurrent des grands ports que sont Rouen ou Le Havre. Nous avons des atouts, des opportunités beaucoup d’experts maritimes le reconnaissent.

Croyez bien que ce sujet qui peut actuellement sembler très éloigné pour bien des habitants est en fait un important enjeu d’avenir qui se joue dès maintenant et auquel nous nous  attelons depuis plusieurs semaines pour faire reconnaître la nécessité de prendre en compte Dieppe et son port comme pôle structurant du nord de notre département.

Au passage, je n’ai pas beaucoup entendu, ceux qui prétendent que le maire de Dieppe est un « hâbleur », prendre de position aussi forte et se battre ainsi pour cet important projet d’avenir.

Je disais tout à l’heure que le faible trafic dans le bassin de Paris m’inquiétait. Mais il y a un bateau que j’aimerais bien voir quitter le bassin de Paris, afin d’augmenter les rotations entre Dieppe et Newhaven, c’est le Seven Sisters.

Je suis de ceux qui pensent que le lien transmanche est vital pour la région dieppoise et qu’il a des atouts à faire valoir pour se développer et redevenir compétitif dans un secteur, on le sait, particulièrement concurrentiel.

Nous souhaitons tous que la contribution du Département qui verse 14 millions d’euros chaque année au délégataire, baisse.

Et nous sommes convaincu que c’est en créant une troisième rotation que nous parviendrons à rendre plus attractive la ligne, à augmenter le trafic et donc à la rendre plus solide économiquement.

Pardonnez-moi su j’ai été un peu long mais il était, je pense, nécessaire de vous faire part de mon ressenti et de ma volonté de me battre, et même plus que jamais, pour que Dieppe continue d’être reconnue, partout, et l’émission Thalassa a démontré récemment que nous n’avions pas de déficit d’image en la matière, comme une ville portuaire qui vit au rythme des marées, une ville qui n’oublie pas son passé mais qui est résolument tournée vers l’avenir.

Je souhaite maintenant évoquer le parcours de trois anciens marins à qui seront remises tout à l’heure la médaille de l’ordre du mérite maritime.

Tout d’abord, Joseph Chaumette, délégué départemental de la Fédération des anciens marins et des marins anciens combattants avec qui nous avons des contacts très réguliers notamment pour préparer les cérémonies patriotiques.

Originaire du Pollet, Joseph Chaumette est une figure du monde de la mer dieppois. Après avoir découvert la navigation à bord de bateaux de pêche, il a ensuite travaillé au long court puis sur les ferries sur la ligne Dieppe-Newhaven. Il connut d’ailleurs un épisode qui aurait pu être tragique en 1990 à bord du Chartres qui fut victime de plusieurs vagues scélérates et percuta la jetée est du port de Dieppe.

Il a achevé sa carrière en 1992 quand la ligne ferma. Depuis 19 ans, il est membre de la Fammac et en est le délégué départemental depuis 9 ans. Joseph Chaumette est le père de deux enfants (dont Ludovic décédé en 2010) et a cinq petits-enfants. Je laisserai tout à l’heure le soin au commandant Frébourg, son parrain que je salue chaleureusement, de revenir plus longuement sur son parcours.

Nous honorons également aujourd’hui Guy Anger, parrainé par mon ami Guy Roulland. Guy Anger a commencé à naviguer à l’âge de 14 ans. Après une expérience sur les ferries, il embarque à la pêche. Il comptabilise 34 années de pêche comme matelot, second pont et mécanicien à bord notamment aux côtés d’Alain Freulet, patron de pêche bien connu sur les quais. En 1998, il a vu la mort de près en subissant un naufrage.

Marié et père de 4 enfants, il demeure depuis 10 ans qu’il est en retraite très actif, passionné de maquettes de navire, il en construit régulièrement et participe à des expositions. Membre du cercle maritime Mers et Marines, il est aussi porte-drapeaux de l’union nationale des combattants et l’association canadienne Fusilier Mont Royal lors des cérémonies patriotiques.

Nous remettons enfin la médaille du mérite maritime à Jean-Claude Sorel, dont le parrain est Joseph Chaumette. Dieppois pure souche, il a commencé à naviguer en 1963, après avoir fait l’école d’hôtellerie au Havre, pour le compte de la Compagnie générale transatlantique à bord du France, excusez du peu. Pour la petite histoire, nous avons reçu à Dieppe il y a deux semaines, ce fut un réel plaisir, les anciens officiers de la Transat, dont le commandant Frébourg qui est à l’origine de l’initiative, pour leur réunion annuelle. Plusieurs d’entre eux avaient commandé le France et  navigué sur le Normandie. De véritables légendes des mers.

Après une saison sur les ferries à Dieppe, Jean-Claude Sorel a ensuite intégré le service des dragages de Rouen et Dieppe de 1966 à 1974. Suite à une expérience au long court, il est revenu à bord des ferries en 1977 et jusqu’en 1998. Depuis 2004, il met sa passion pour les transmissions radio au service de la société nationale de sauvetage en mer comme patron suppléant radio. Marié et père d’un garçon de 28 ans, il est secrétaire de l’Amicale des marins et marins anciens combattants de Dieppe et est aussi membre de la fédération nationale des radiotransmetteurs au service de la sécurité civile.

Il y a un an, nous avions ainsi fait Emile Bouville, plus ancien patron de pêche de Dieppe, citoyen d’honneur de la Ville de Dieppe. J’ai souhaité profiter de cette belle cérémonie pour mettre cette année à l’honneur un autre ancien patron de pêche, François Tarlié, en lui remettant la médaille d’honneur de la Ville de Dieppe.

Né le 19 mars 1927 sur l’île du Pollet, il est issu d’une famille de pêcheurs. Dès l’âge de 13 ans, il embarque à bord du Saint-André. De 1940 à 1945, il affronte des conditions de navigation à haut risque. En pleine période de guerre, les chaluts remontaient en effet des mines chaque jour et des avions menaçaient régulièrement de mitrailler et bombardaient quasi quotidiennement les embarcations de pêche.

François Tarlié fut d’ailleurs le témoin de l’explosion d’un chalutier fécampois au début de l’année 1945 qui sauta sur une mise ne faisant aucun survivant.

Très jeune, il a vu mourir beaucoup de ses camarades et pris des risques aux côtés des autres membres d’équipage dans le but vital de nourrir leurs familles bien sûr, mais aussi la population dieppoise, qui manquait alors de tout.

Durant cette période de guerre, à bord de plusieurs chalutiers (le Saint-André, le Gustave, le Notre Dame des Miracles, le Roland ou encore le Bas Fort Blanc), il passera 705 jours en mer.

De 1947 à 1948, il effectue son service militaire à bord de la frégate « le Tonkinois ». Dès son retour, il retourne à la pêche successivement à bord des chalutiers Jean Ribault,  Lucien Marie et Jacques Morgans en qualité de matelot.

En 1954, il intègre l’école de patron de pêche puis devient second sur le Marie Anne durant un an et demi.

En 1955, il embarque sur le chalutier Edmond Marie comme second et en devient le patron en 1957. En 1959, il prend la barre du chalutier Drakkar.

En 1968, après une trentaine d’années de navigation et une dizaine d’années de commandement, la maladie le force à débarquer. Il est alors réformé de la marine, ce qu’il vit comme un déchirement.

Après une période de chômage et une expérience de 3 mois au sémaphore de Dieppe, il décide de devenir comptable et entre à la Célophane en 1971, où il restera jusqu’en 1985, année de sa retraite.

Fort d’une expérience considérable, il a marqué de son empreinte le petit monde de la pêche dieppois et garde l’image d’un grand patron de pêche, attaché à la mer, attaché à son métier, attaché aux hommes qu’il a eu sous ses ordres.

Marié à Hélène et père de quatre enfants (Françoise, Serge, Jean-Pierre et Franck), François Tarlié a marqué l’histoire maritime de notre ville et je souhaite lui remettre aujourd’hui la médaille d’honneur de la Ville de Dieppe.

Sébastien Jumel,
maire de Dieppe, vice-président du Département