Interventions et discours | 14/09/2011

Parrainage républicain

Je vous remercie toutes et tous pour votre présence qui, je n’en doute, pas fait chaud au cœur de la famille Aloyan. C’est un nouveau signe qu’à Dieppe, la solidarité n’est pas un vain mais qu’il s’agit d’une réalité bien ancrée.

Depuis plusieurs semaines, la mobilisation s’est organisée à Dieppe et notamment à l’école Vauquelin où la petite Chichack est scolarisée.

Nos amis sont originaires d’Arménie. Présents sur notre territoire depuis six ans, tous ceux qui les ont croisés et qui les côtoient au quotidien peuvent attester de leur parfaite intégration dans notre pays.

La petite Chichack – prénom qui signifie fleur en Arménien - est née le 20 octobre 2007 à Dieppe. Elle est scolarisée en petite section à l’école Vauquelin du Pollet.

Appréciée de ses camarades, cette enfant aspire à grandir ici auprès des siens dans un pays qui a accueilli sa famille et qui lui offre des perspectives d’avenir.

Harutyun Aloyan et son épouse Delale sont arrivés sur le territoire français à Rouen avant de venir s’installer dans notre cité.

Issue de l’ethnie Yezide, qui est minoritaire en Arménie et frappée de persécution, la famille Aloyan n’a en outre plus d’accroche familiale dans son pays d’origine.

Investis dans le secteur associatif local notamment au sein du Secours Populaire, Harutyun et Delale, ont notamment participé activement avec le CADA (centre d’accueil des demandeurs d’asile) aux côtés d’Erik Schando aux initiatives de solidarités au peuple haïtien suite au tremblement de terre qui a ravagé le pays début 2010 ou encore au Téléthon.

Harutyun, qui a connu un parcours parfois semé d’embuches, a, quant à lui, pris part à la culture des jardins partagés, projet mené par la Ville dans le cadre de la démarche de démocratie locale. Récemment, il a reçu une promesse d’embauche en CDI – ce qui est loin d’être fréquent – par un employeur local intervenant dans le secteur du bâtiment.

Delale, qui parle quatre langues, a, pour sa part, réalisé d’importants efforts d’intégration en apprenant le Français qu’elle maîtrise aujourd’hui remarquablement, au point d’apporter une aide précieuse au CADA dans le cadre de l’intégration de nouvelles familles.

L'action du gouvernement, en accentuant une pression à l'égard de ceux qui ont été chassés de leur pays par les guerres, la répression politique ou ethnique, accroît la division dans la population vivant sur notre sol et contribue à la précarité de tous, Français ou étrangers.

Je me souviens pourtant qu’en juin 2006, une circulaire du Ministre de l'Intérieur de l'époque, qui n’était autre que Nicolas SARKOZY, permettait la régularisation des familles avec enfants scolarisés.

Néanmoins, sur les 30 000 demandes, moins de 7000 dossiers ont été régularisés.

C’est aussi pour demander que les engagements pris il y a cinq ans soient tenus que nous nous réunissons ce soir en la maison commune.

Cette menace d'expulsion, vis-à-vis de la famille Aloyan, est ni plus ni moins une négation de la convention internationale des droits de l'enfant.

Derrière les chiffres et les statistiques en tous genres, il ne faut jamais oublier que ce sont des hommes et des femmes qui n’aspirent qu’à une seule chose : vivre dans le respect des droits et des devoirs du pays qui les accueille.

Je souhaite saluer encore une fois la mobilisation qui s’est organisée depuis plusieurs jours.

Tout d'abord, les parents d’élèves de Vauquelin mais aussi les associations qui se sont réunies en collectif local pour apporter leur soutien et organiser la résistance.

Et puis, vous, qui individuellement avez tenu par votre présence à manifester votre soutien à la famille Aloyan et dénoncer cette politique exécrable de chasse aux immigrés qui n'ont pas encore de papiers officiels.

Le collectif d'associations m'a demandé d'apporter mon soutien à cette famille, ce que j'ai  fait immédiatement et d'organiser la cérémonie de parrainage républicain de ce soir.

Cette initiative reprend la tradition, sans valeur légale, du "baptême républicain" ou du "parrainage civil" créé à la révolution française.

Il s'agit d'accueillir cet enfant dans la communauté citoyenne en les faisant adhérer de manière symbolique aux valeurs républicaines.

Ces parrainages s'organisent dans de nombreuses villes de France. Cette action symbolique redonne du corps à notre conception républicaine d'accueil et d'asile qui ont toujours été des valeurs fondamentales de la France.

Votre participation, vous les parrains, vous qui êtes présents ce soir dans les salons de l'hôtel de ville, représente le fondement de cette solidarité qui permet à Chichack de se sentir protégée par vous et être reconnue comme membre de la société à part entière par les citoyens et les élus que nous sommes.

Sébastien Jumel,
maire de Dieppe, vice-président du Département