Interventions et discours | 26/04/2011

Inauguration du pavillon Simone Veil et pose de la 1ère pierre du pavillon de médecine par M. Xavier Bertrand, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé

Lorsque le député, Michel Lejeune, m’a informé que son opiniâtreté pour convaincre votre cabinet de l’opportunité de la visite ministérielle d’aujourd’hui se concrétisait, au-delà de la date – en pleines vacances scolaires – qui a bousculé nos agendas respectifs et surtout ceux de nos collaborateurs pour organiser l’inauguration, je me suis interrogé sur la teneur des propos que j’allais pouvoir tenir tant nous avons de choses à vous dire.

D’abord, je souhaite vous remercier d’avoir accepter le principe d’un accueil républicain dans mon bureau de l’Hôtel de Ville, où j’ai souhaité concentrer mon propos sur la compétence Emploi de votre ministère pour vous faire part des conséquences graves de la crise ici, de Dieppe au Tréport, et des inquiétudes fortes que suscite la politique gouvernementale sur notre territoire dans de nombreux domaines.

Je vous remercie par ailleurs d’avoir répondu à ma demande de consacrer un temps d’échange avec les acteurs locaux, et notamment l’association Méningite Régis 76, sur les préoccupations visant à ne pas baisser la garde sur l’épidémie enrayée par la 1ère campagne vaccinale.

Mais nous sommes ce soir au centre hospitalier de Dieppe, et c’est donc sur cette importante question, au cœur des préoccupations de nos concitoyens, que je souhaite, avec ma responsabilité de Président du conseil de surveillance de l’Hôpital, consacrer l’essentiel de mon propos.

14ème, c’est le rang qui nous échoit pour les inégalités de santé, dans un classement sur 16 pays d’Europe de l’Ouest. En effet, des études de plus en plus nombreuses montrent que les déterminants socio-économiques ont un rôle majeur sur la santé ; le niveau de revenu, les conditions de logement, la scolarisation, influent directement sur ce droit fondamental à la santé, ce que résume l’adage encore profondément d’actualité « mieux vaut être riche et bien portant, que…»

Ici, le diagnostic préalable à l’établissement du PSRS que l’Agence régionale vient d’établir en Haute-Normandie et particulièrement pour notre territoire de santé, conforte cette tendance lourde avec des points critiques :

• le déficit des professionnels de santé avec de véritables zones de déserts médicaux, à l’image de Neufchâtel ou de Blangy sur Bresle. Je crains que les nouvelles dispositions législatives n’aggravent cela.

• l’insuffisance ou encore l’inadaptation d’équipements sanitaires, qui renforce notre attachement à maintenir sur Eu un hôpital de proximité de plein exercice en coopération intelligente renforcée et mutuellement consentie avec Dieppe (avec maintien du SMUR et des emplois), tout en favorisant un projet médical commun. Ce qui renforce l’urgence aussi à accorder l’autorisation d’un deuxième IRM géré par le GIE ad hoc créé pour le premier.

• l’incomplétude des organisations dans le domaine de la prévention, qui rend d’autant plus méritoire l’engagement de la Ville de Dieppe pour faire vivre son Pôle ressource santé dans ce que nous appelons l’Ilôt Pasteur, avec un nouvel Ehpad, une école d’infirmières reconstruite, une crèche à horaires décalés pour le personnel hospitalier, notamment.

• et enfin, un moindre recours à l’offre sanitaire hospitalière renforcée par les politiques successives, qui aggravent le reste à charge des patients usagers (forfait hospitalier, franchises, déremboursement de médicaments, absence de mutuelle…)

C’est dans ce contexte difficile et conforté par ce constat et ces enjeux que l’ensemble des acteurs de notre territoire se mobilise depuis de nombreuses années pour conforter notre hôpital et notre territoire dans le schéma régional d’organisation sanitaire.

Alors oui, c’est vrai, depuis quelques années et d’une manière accélérée depuis quelques mois, les chantiers de modernisation s’enchaînent ; le directeur Bloch en a dressé la liste exhaustive, elle est impressionnante.

L’inauguration du pavillon psychiatrique, le lancement d’un nouveau bâtiment de médecine – celui de l’agrandissement des urgences trop souvent embouteillé – avec une hélistation si nécessaire pour sauver des vies, ou bien encore le choix de l’architecte pour la pédopsychiatrie sont autant de chantiers qui viennent boucler la reconstruction lancée par mon ami Christian Cuvilliez en 1993, avec le pavillon mère et enfant : ils sont l’illustration d’un hôpital qui entre concrètement les deux pieds dans le XXIe siècle.

De ce point de vue, l’accompagnement financier acté dans le plan hôpital 2012 avec le soutien inconditionnel de Messieurs Dubosc et Lagarde aura été déterminant.

Mais – vous le savez mieux que quiconque, Monsieur le Ministre, c’était je crois l’esprit et la lettre de la réforme que votre gouvernement a porté – l’obtention de ces accompagnements financiers a été conditionné à la signature d’un contrat de retour à l’équilibre contraignant.

C’est pourquoi je souhaite profiter de votre présence pour insister sur le fait que sans l’investissement de l’ensemble du personnel – de l’aide-soignant aux médecins, en passant par l’électricien, le personnel de cuisine, la secrétaire administrative, les infirmières –, sans la formidable communauté humaine qui compose notre établissement, sans tous ces gens – y compris ceux qui manifestent et qui ont demandé à être reçus en délégation – les missions de service public ne seraient pas ce qu’elles sont car, jour et nuit, des professionnels de santé sauvent des vies.

Or, vous le savez, depuis, la tarification à l’activité est devenue la seule source de financement pour leurs activités courts et moyens séjours avec de surcroît, établis par l’Etat, des tarifs sous-évalués pour certains actes médicaux, l’hôpital public est asphyxié.

Ainsi, à Dieppe, j’apprends en lisant la note préparée par le directeur pour votre visite – la nouvelle gouvernance a considérablement réduit les prérogatives du conseil de surveillance dans ce domaine – que les économies prévues dans le cadre du contrat de retour à l’équilibre tenu, qui s’élèvent à 600 000 €, concerneront pour moitié des non-remplacements de départs à la retraite : non remplacement d’un directeur d’hôpital, d’un cadre administratif, d’un personnel cadre soignant ou médico-technique, d’un agent soignant ou médico-technique.

De plus, cette année, ces efforts porteront encore sur des économies liées aux gardes et astreintes à hauteur de 100 000 €uros.

C’est une manière de dire que c’est toute la communauté hospitalière qui est concernée par cette réorganisation et qui porte ces efforts.

Dans ces conditions, n’y-a-t-il pas un véritable risque à ce que la politique que vous appliquez sous le vocable « modernisation des établissements de santé » se traduise dans les faits par une rupture d’équilibre au bénéfice du privé. Et ce que vous intitulez « réorganisation territoriale » se traduise par la fermeture d’établissements publics de santé de proximité.

Quant aux ARS – qui pourraient être utiles dans un double souci de cohérence et d’harmonisation des réponses aux besoins de santé recensés – comme cela semble être l’esprit de Monsieur D’Harcourt depuis son installation – je crains qu’elles ne deviennent – faute de moyens financiers des instruments au service de la rationalisation voire de rationnement des services et des structures de soins.

Or, la loi Hôpital–patients-santé-territoires se décline en quatre parties intitulées respectivement : modernisation des établissements, accès de tous à des soins de qualité, prévention et santé publique et organisation territoriale du système de santé.

Je suis convaincu que tous ceux qui sont rassemblés ici – et qui ont fait le choix du public – restent disponibles aux côtés des élus de proximité que nous sommes -  pour engager un travail sérieux et sont animés d’une vraie volonté d’avancer pour conduire l’examen de chacun de ces chapitres, chiffres et réalités concrètes à l’appui – afin de modifier tout ce qui le mérite pour améliorer la situation actuelle – qui en France entière – se dégrade.

Monsieur le Ministre, vous auriez été surpris et peut-être même déçu, venant à Dieppe, que je ne profite pas de votre présence pour relayer ces inquiétudes, ces préoccupations.

Je ne souhaite cependant pas bouder cette belle journée pour l’hôpital de Dieppe.

Aux côtés du docteur Navarre-Couland et de toute son équipe, j’ai beaucoup de bonheur à voir aboutir la construction d’un bâtiment pour la psychiatrie – qui a représenté un véritable enjeu d’humanisation.

Au lendemain de la journée nationale de la Déportation, nous sommes fiers qu’une femme d’exception comme Simone Veil – qui a porté avec courage – contre vents et marées – une avancée considérable pour les droits des femmes – ait accepté de prêter son nom pour notre établissement.

Je suis heureux – j’imagine qu’Igor Auriant, le très investi président de la CME l’est aussi – qu’avec le début d’un autre chantier d’envergure en bordure de la rue Thiers, le futur pavillon de médecine permettra aux services cardiologie-néphrologie, médecine interne, rhumatologie, infectiologie et diabétologie de voir leurs conditions de prise en charge accrues et améliorées.

D’autres chantiers d’ampleur portés par Dieppe, en lien avec ses partenaires, permettront notamment dans le schéma directeur pour le Château Michel, site d’hébergement des personnes âgées dépendantes, d’obtenir des crédits nécessaires – ce projet de 37 millions d’euros – à un enjeu majeur, en phase avec les besoins de notre territoire : l’humanisation et la modernisation des locaux.

Notre engagement sur ce projet doit être soutenu par l’Etat via l’obtention de crédits CNSA d’aide à l’investissement. Nous comptons sur votre soutien en même temps qu’il nous faudra convaincre le Département dans le cadre de la convention tripartite à venir.

Monsieur le Ministre, Monsieur le Préfet, Monsieur le Directeur général,

Je crois pouvoir dire que nous avons beaucoup de raisons d’être fiers de notre centre hospitalier généra, qui doit continuer à rayonner, à être un élément structurant de par son statut d’hôpital de référence reconnu dans le schéma régional d’organisation de santé passé, et qui devra l’être dans le SROS à venir.

Sébastien Jumel,
maire de Dieppe, vice-président du Département