Dans le hall de l’Hôtel, Jacques Brunet regarde avec attention les dessins réalisés par Thomas Geve, un enfant juif, lors de sa déportation au camp de Buchenwald. Lui-même déporté à Buchenwald à l’âge de 23 ans, il est venu assister le 2 octobre à l’inauguration de l’exposition Il n’y a pas d’enfants ici. «Je suis très ému par le témoignage de cet enfant. Il décrit la réalité d’une manière très précise, presque scientifique, sans chercher à s’apitoyer sur son sort, commente le retraité, le regard embrumé. En revoyant ces dessins, je pense à tous ceux qui ne sont pas revenus ! La faim, les poux, les appels interminables, les pendaisons en musique… nous les avons tous connus, mais nous n’avons pas à nous plaindre puisque nous sommes là».
Jacques Brunet a lui aussi rédigé des notes et fait des croquis qu’il a cachés durant sa captivité malgré les risques que cela représentait. Mais il préfère ne pas en parler, par pudeur.
La même émotion étreint Ed Carter-Edwards. Ce Canadien qui a fait de la résistance en France, dans un réseau qui fut infiltré, a lui aussi été déporté à Buchenwald où il a passé trois mois et demi. «J’ai eu la chance d’être redirigé très vite vers le Stalag LUF3, un camp de travail reconnu par la Croix-Rouge. Là-bas, à côté de Buchenwald, c’était le Paradis !», explique-t-il. A tel point que Ed Carter-Edwards se demande comment cet enfant a pu tenir ? «Son courage me stupéfie».
Agnès Triebel, secrétaire générale de l’association française Buchenwald Dora, qui a commenté l’exposition présentée à Dieppe jusqu’au 20 octobre, a peut-être une réponse : «Etant plus grand que la plupart des enfants de son âge, il a échappé à la chambre à gaz. Et du jour de son incarcération, il n’a eu qu’un désir : s’évader. Ce qui lui a permis de survivre et de développer son esprit analytique !»
Parmi l’assistance, Julien Gras, un jeune de quinze ans, a visité avec son collège, le camp de Buchenwald Dora en avril 2008. «En visitant ces camps, on voit la vie d’un autre œil et on a envie que le maximun de jeunes sachent et passent le relais de la mémoire. C’est pourquoi j’ai adhéré à l’association Buchenwald Dora». Agir pour que jamais ne se reproduise la barbarie nazie, c’est le but de l’association Buchenwald Dora. Pour adhérer : contacter l'association à la Maison du combattant, 14 rue Duquesne, 76 200 Dieppe.